Monde

Général

Les contrats de joueurs par le G7 
par esports`Syinh
le Vendredi 21 Décembre 2007 - 10:28

Le G7 a publié un modèle de contrats pour les joueurs et les club.


Plus connu pour être le regroupement de plusieurs équipes internationales, le G7, depuis sa création, n’a fait parlé de lui que peu de fois. Peu de concrets a émergé de cette association qui vise à « promouvoir et faire progresser l’esport professionnel ».

Le premier véritable acte de la part du G7 consiste en la création d’un modèle de contrat entre un joueur et une équipe. Celui-ci est utilisable par n’importe quel club et joueur. Point par point, esportsfrance.com revient sur les éléments présents dans ce document, en sachant que cette analyse se base sur le droit français.


Une première définition de l’esport ?

La première partie du document établi une série de définition et de termes employée par la suite. En plus de rappeler certains principes traditionnels (l’intégration à une équipe, le sujet du contrat), quelques définitions attirent l’attention.

Extrait du contrat du G7 - g7teams.com - 19/12/07



[Le club] est une organisation régit par les lois de [nom du pays]. Le but du club est d’organiser et gérer des équipes dans l’esport ainsi que les jeux PC sur Internet.
Deux éléments sont à retenir là. Tout d'abord, il y a là une véritable distinction entre deux notions souvent confondues, à savoir le club et l'équipe. Le club est donc à présent clairement défini comme l'organisation dans son ensemble (par exemple, aAa), et les équipes sont les différentes sections composant cet club ( exemple: aAa.TMN, aAa.CS ...).

Seconde chose, un raisonnement a contrario (par une lecture inverse du texte) permet de dire que toute organisation ne respectant aucune législation ne pourra pas être considéré comme club, et par conséquent ne rentrera pas dans le champ d'application de ce contrat. Le futur nous montrera quelles en seront les conséquences.

Ce second point amène à se poser une question, celle de la localisation du club. Une lacune du texte est de ne pas préciser si la loi est à respectées pour une organisation est celle de l'Etat dans lequel elle est localisée, ou alors si celui-ci proclame là d'une véritable liberté concernant le choix des normes applicable. Si la première option venait à être choisie, alors un réel soucis viendrait à se poser pour les club dont la localisation semble difficile à déterminer.

Extrait du contrat du G7 -



Dans le cadre de ce contrat, « esport » signifie : toute compétition de jeu qui est réalisée au travers d’un ordinateur/ console de jeu dans un contexte organisé.
L'esport serait donc une épreuve électronique opposant plusieurs équipes ou concurrents, celle-ci pouvant se dérouler sur ordinateur comme sur console, dès lors que cette épreuve est organisée.

Avec ce contrat, peut-être tendons nous vers une définition universelle de l'esport? Si celle-ci semble large, elle semble aussi être correcte. Il conviendra toutefois à l'avenir surement de préciser quelque peu la notion de "contexte organisé".

Extrait du contrat du G7 -



Une « équipe » signifie : un ou plusieurs joueurs jouant ensemble dans le même domaine de l’esport et affrontant ensemble d’autres équipes ».
Comme nous l'avons vu plus haut, sous le terme d'équipe il faut entendre par là une section d'un club (exemple aAa.TMN, aAa.CS ...). Concernant la notion de "domaine de l'esport", c'est bien sur "le jeu sur lequel évolue l'équipe" qu'il faut comprendre.

Extrait du contrat du G7 -



Cette activité peut devenir « un travail à temps plein » ou « à temps partiel » en listant ce que peut effectuer le joueur à côté de son contrat de joueur.
Le pro-gaming devient donc, au dire de ce contrat, un réel travail (au même titre que ce qui se passe dans d'autres sports). Ce contrat est donc un élément de plus pour la professionnalisation de l'esport.

Concernant les trophées et autres distinctions, celles-ci sont la « propriété du club », le joueur pouvant conserver une récompense individuelle.


Les obligations de chacuns

Nous avons là à faire un contrat bilatéral puisqu'il est signé entre deux parties, et que les contractants s'obligent réciproquement l'un envers l'autre. Ce que l'on peut qualifier de devoir de loyauté est celui qui revient le plus souvent (ce devoir étant considéré par la juridiction française comme faisant partie de l'obligation d'exécution de bonne foi du contrat, article 1134 du Code civil). Ce devoir fait partie d'un développement à part entière un peu plus bas. Au delà des principes de participer aux entraînements, de respecter les décisions des managers (le lien de subordination entre l'employeur et le salarié est un des critères du contrat de travail en droit français, il n'y a donc là rien d'étonnant), les joueurs ont également d’autres obligations.

Les joueurs
Ainsi, le contrat prévoie de fixer « le nombre d’heures » par semaine consacré aux entraînements et aux matches. Les juridictions françaises considérant les "horaires de travail" comme un élément fondamental de la relations de travail, ceux-ci doivent automatiquement apparaitre sur le contrat de travail (dès lors qu'il est écrit). De ce fait, la présence de ces horaires est une obligation. Egalement, le nombre de semaines durant l’année où le joueur est au repos, c'est-à-dire sans participer aux entrainements ni aux matches est également défini, soumis à l’accord du club si celui-ci est prévenu à temps.

Le cas où le joueur n’est pas apte à participer (pour raison médicale) est aussi clairement défini. « La nature du trouble, ainsi que sa durée » devront être communiquées au club. Et si cette durée excède quatre jours, « un rapport médical » devrait être établi et envoyé au club. Ce système est donc "calqué" sur ce qui peut se voir en droit du travail, avec l'obligation de prévenir le club de son impossibilité de participer, ainsi que celle de fournir un certificat médical, le délai de 4 jours étant lui un assouplissement par rapport à la législation française. Se pose alors là la question de la rémunération du joueur dans le cas où celui-ci n'est pas apte à participer.

D’autres passages concernent la participation à tout type de manifestations concernant le club : les interviews, les animations pour promouvoir un sponsor de l’équipe. Un rappel sur une attitude correcte à avoir (le fair-play, la non-utilisation de moyens de tricherie) est évoqué..

Le club
L’organisation a aussi un ensemble d’obligations, également pour « promouvoir » le joueur. En cas de salaires versés, celui-ci est clairement défini (montant fixe, bonus éventuel, part de gain lors des compétitions). Là aussi, tout comme pour les horaires, la jurisprudence française considère que ce qui touche à la rémunération est un élément fondamental de la relation de travail. De ce ce fait, le salaire et plus globalement ce qui touche à la rémunération (c'est à dire le salaire plus les avantages qu'on peut trouver en périphérie) doivent être déterminé par le contrat. L’ensemble de la somme est défini en EUROS, les frais de transactions étant à la charge du joueur.

Le club a cependant la possibilité de réduire ces paiements en cas d’inactivité prolongé du joueur. Cette dernière phrase, au regard du droit français, pourrait présenté un gros soucis. Tout d'abord, il faut savoir que le salaire étant comme nous venons de le voir un élément fondamentale de la relation de travail, celui-ci ne peut faire l'objet d'une modification qu'avec l'accord des deux contractants. Par conséquent, la réduction des paiements ne pourra se faire sans l'accord du joueur, quelque en soit la cause. Qui plus est, cette réduction peut être assimilable à une sanction pécuniaire, dont la prohibition est assurée par le Code du travail français.

Par conséquent, le G7 se verra peut-être obligé de modifier cette dernière disposition.

Le club doit pouvoir assurer la participation aux compétitions en prenant en charge les divers frais d’inscriptions. La répartition des gains se fait de manière équitable entre les joueurs, tandis que « l’argent reçu des sponsors » peut être entièrement conservé par le club.

De plus, le sponsor peut utiliser l’image du joueur pour de la publicité sans son accord préalable, sauf dans le cas où « les produits rentrent en conflit avec la religion du joueur ».

Au-delà de ces aspects logistiques, d’autres points sont abordés, notamment la participation d’un joueur à une équipe nationale.


Extrait du contrat du G7 -




Le club est dans l’obligation de prévoir que le joueur puisse représenter une équipe nationale durant au moins [le nombre de semaines] dans l’année, en incluant les périodes d’entraînement. Toute demande de participation à une équipe nationale devrait être signalé aux moins trois mois en avance.

Le contrat doit donc prévoir l'éventualité de compétitions qui se dérouleraient entre équipes nationales et non entre clubs. Il conviendrait cependant d'améliorer cette disposition et de prévoir une durée minimum, de façon à ne pas se retrouver avec des contrats entravant trop la possibilité de représenté son pays (par exemple, on peut imaginer le cas extrême, c'est à dire celui dans lequel le contrat ne prévoirait cette possibilité que pour une semaine).

Mais un droit de réserve pour réduire cette période est possible pour le club. Là aussi, il conviendrait de prendre en compte le nombre de semaines prévues auparavant pour pouvoir laisser cette possibilité au club.


Les conditions d’un transfert

Celles-ci sont également définies. Un club peut donc "négocier un transfert" d’un joueur vers un autre club en échange d’honoraires. Un joueur peut également demander son transfert avant la fin du contrat, moyennant une compensation monétaire liée à ce transfert.


Les pénalités, que pour les joueurs ?

Extrait du contrat du G7 -




Le joueur devra une indemnité au club dans certains cas.


Ainsi, certaines situations peuvent créer une pénalité pour le joueur, vis-à-vis de son club, à savoir la non-participation à un entrainement, match et/ou activité liée aux sponsors, sans raisons valables.
Si on peut ne pas s'étonner cette disposition, il semble tout de même étonnant que les clubs n'aient pas eux aussi certaines obligations à respecter, sous peine de pénalités, ce qui leur offre une certaines liberté que les joueurs n'ont pas.

Bien que l'essence même d'un contrat de travail soit l'inégalité entre l'employeur et son salarié, il semble là que cette inégalité pourrait être réduite en introduisant des cas où le club devrait avoir à payer des pénalités au joueur.


Une période de loyauté étendue

Pendant et après la période du contrat, le joueur est soumis à plusieurs actions :

  • Garder confidentiel les informations issues des sponsors ;
  • Durant une période de deux ans après la fin du contrat, ne pas discréditer les sponsors de l’équipe
  • Durant une période de cinq ans, ne pas tenir de propos négatifs concernant les joueurs et l’équipe ;
  • Ne pas utilisé d’informations concernant le club qui ne serait pas diffusée (par des interview, disponible sur Internet) ;
  • Une interview du joueur peut être réalisée en compagnie d’un membre du club, une autorisation écrite au préalable de la part du club étant requise.

Comme dit plus haut, on peut considérer ce devoir de loyauté comme une extension de l'obligation d'exécution de bonne foi du contrat à une période post-contractuelle. Il n'y a donc rien d'étonnant à voir ici ces différentes dispositions.


En cas de litige…


Le dernier paragraphe concerne la procédure en cas de problèmes. Une phase de « négociations » doit être entamée dans un premier temps, avec la possibilité d’une médiation un mois après le début de la « dispute ». Si deux mois plus tard, la situation n’a pas évolué, c’est au tribunal que le litige devra être réglé. Ce document précise que la décision « devra prendre en compte l’état de développement de l’esport au moment de la signature du contrat ». La décision devra être prise dans les douze prochains mois qui suivent le début de la procédure. Le contrat prévoit que la chambre d'arbitrage sportif (CAS) sera compétente pour régler le litige.

La chambre d'arbitrage sportif

Afin d'éviter les procédures devant la justice civile qui peuvent durer plusieurs années, en cas d'appel et de cassation, le comité national olympique et sportif français (CNOSF) a annoncé mardi [NDLR: 18 décembre 2007] la création d'une chambre d'arbitrage pour gérer de manière spécifiques les conflits relevant de l'économie du sport.

Cette chambre d'arbitrage sportif (CAS) pourra être saisie notamment dans des litiges liés aux contrats de parrainage, aux droits de retransmissions des médias, aux transferts de joueurs, et plus généralement dans tout litige de droit privé de nature contractuelle. «Les avantages de la procédure d'arbitrage sont le gain de temps, et le fait que les arbitres sont à la fois des juristes et des personnalités connaissant bien le monde sportif», a souligné le président du CNOSF Henri Sérandour.

Source : lequipe.fr

Un premier bilan

Avec cette initiative, les bases d’une première définition d’un contrat sont posées. Pour que le G7 puisse par la suite aider un joueur qui aurait signé un contrat sur la base de leur modèle, le contrat devra être rédigé en anglais avec des exemplaires de copie signés et envoyés au G7. Le choix de la monnaie (l’euro) est probablement lié à la présence de nombreuses équipes européennes parmi les membres du G7. A noter qu’une version du document incluant une assurance de prise en charge d’une partie de soins médicaux est aussi disponible. De plus, un autre document pouvant être transmis à des organisateurs de tournoi pour clarifier la situation du contrat du joueur à l’équipe est aussi prévu.


Ce document, parfois perfectible sur certains points, a le mérite de proposer une première base pour la création d'un contrat. Cette initiative sera-t-elle suivi par les clubs et les joueurs ?

Ecrit en collaboration avec Jérémy "Sannou" Fabre

Plus d'infos?
Site officiel : G7
Documents : Contrat (avec l'assurance) || Contrat (sans l'assurance) || Annexe




A lire la fiche de l'acteur en relation
Publicité