Général
Dans la continuité de notre semaine thématique ESWC.fr, et trois jours avant le début des hostilités à Bercy, place aujourd'hui à l'interview du président de Games-Services : Matthieu Dallon.
Durant la semaine dernière et les cinq jours qui ont précédé le Blizzard Worldwide Invitational 2008, Esportsfrance vous a offert une présentation complète de la finale nationale qui aura lieu ce week-end à Bercy (Cf. Lien).
Dans la continuité de notre semaine thématique, et alors que les previews des tournois comptant pour l'ESWC Masters de Paris sont en cours de préparation, c'est un tout autre contenu que nous vous proposons aujourd'hui, mais pas des moindres, puisque Matthieu Dallon, actuel président de Games-Services, a accepté de répondre à nos questions pré-évènement. De la Coupe de France au Masters de Paris, des soucis de règlement à la notoriété de la société parisienne, plusieurs sujets sont ici abordés.
Esportsfrance : Monsieur Dallon bonjour. Pour commencer, nous allons revenir sur cette année, et sur le règlement ESWC. Celui-ci a encore été très critiqué (on peut parler là de l’affaire exS, et des problèmes liés à la règle de transfert), pensez-vous alors qu’il faille changer quelque chose ? Dans le même ordre d’idées, avez-vous prévu un nouveau système de classement, à la vue des problèmes rencontrés cette saison (pour les équipes CS et CS féminin) ?
Matthieu Dallon : Quel que soit le système, il sera toujours perfectible, ne contentera jamais tout le monde et comportera toujours des failles. Je pense que les quelques problèmes connus cette année sont dûs à l’exploitation de ces failles, additionnée à l’irresponsabilité de certains managers. Il y a un code moral à respecter dans tout sport et la réussite du projet passe par la responsabilité de chacun. Face aux critiques, j’aimerais qu’on regarde les règlements ESWC dans leur globalité et leur histoire, qu’on se penche sur l’ensemble du travail accompli pour structurer le jeu en compétition à travers Cyberleagues puis ESWC.com, et, ensuite qu’on se pose la question « quoi d’autre ? ». Je laisse volontiers, à qui le veut, le soin de proposer une alternative globale, et surtout de la réaliser dans les faits. À partir de là je suis prêt à discuter. Ces sujets méritent plus le grand sérieux et à ce jour, depuis 8 ans de vie professionnelle dédiée aux sports électroniques, je n’ai jamais reçu un projet, jamais une proposition alternative construite et crédible.
Concernant la Coupe de France, certains sont déçus que les phases finales des tournois CS et CS féminin se jouent en BO1, quelque chose à dire à ce sujet ?
Je pense qu’organiser la finale de la Coupe de France à Bercy est la plus belle chose qui puisse arriver à CS en France. C’est une chance pour tous ceux qui vont y participer, c’est une chance pour les fans, pour la communauté. De la même façon l’ensemble de la saison ESWC a permis, une année de plus, de faire vivre une course aux points dynamique en LAN. Donc avant de penser « aux déçus » – et de revenir sur l’explication de fond - je pense d’abord à tous les acteurs du projet sportif, depuis les associations jusqu’aux joueurs en passant par les différents sponsors qui ont donné de leur temps, de leur passion, de leur argent pour que ces choses existent. Et croyez-moi, s’il n’y avait pas cette volonté de faire, et de bien faire, rien n’existerait.
Pour ce qui est du BO1, le débat date des premiers ESWC et j’en ai souvent parlé. Nous retournons à ce format pour une raison principale qui est liée au temps d’occupation de la scène d’un match qui se joue en 3 manches : exemple la Finale CS de l’ESWC 2007 de 2h45 sans les installations et warm-up. En retournant en BO1, nous pouvons jouer beaucoup plus de matchs sur scène ; ce qui est une chance pour les autres jeux mais aussi pour CS (le jeu le plus représenté sur scène à Bercy cette année – 9 matchs au total). De plus, le principe des maps « veto » réduit le côté « random » d’un match sur une seule map.
Durant ce week-end se déroulera également le Masters de Paris. Y a-t-il une compétition à laquelle vous avez apporté un plus grand soin ou bien ont-elles bénéficié d’une attention similaire ?
Elles bénéficient d’une attention équivalente durant l’événement, même matériel, même staff. Autant de matchs sur la grande scène.
N’avez-vous pas peur qu’avec l’évènement international, l’ESWC.fr bénéficie d’une attention moindre du coté des spectateurs ?
C’est absurde. Si le Masters attire plus de public, il profitera aussi à l’ESWC France. De plus, c’est l’occasion pour le TOP4 de jouer, à domicile, face à ses supporters, les meilleures équipes du monde – et donc d’exposer aux médias internationaux la scène FR. Je me rappelle de l’importance du public lors de la finale CS Filles de Bercy en 2006...
À propos justement de ces Masters, pourquoi permettez-vous à des joueurs déjà qualifiés à l’ESWC de le faire ?
C’est un choix délibéré, un esprit que nous souhaitons donner à l’événement et une sorte de prime au classement ESWC France. À Roland-Garros, en entrée de tournoi, on retrouve la crème des joueurs français, quel que soit leur niveau ATP mondial. Pour Bercy c’est pareil. Nous ne sommes pas à la Finale ESWC Monde, c’est un Masters et nous y appliquons des règles nouvelles et différentes. Les prochains Masters de la saison 2008/2009 suivront cette voie avec une représentation forte des joueurs locaux.
Vous faites votre retour à Bercy après y avoir séjourné durant l’ESWC 2006, dont l’organisation a reçu quelques critiques. Les avez-vous prises en compte pour ce nouvel évènement, et si oui comment ?
La principale critique concernait la distance entre le public et les champions, et la deuxième la lisibilité des évènements dans l’évènement. Nous en avons tenu compte. Cette année, toutes les zones de l’évènement seront accessibles au public, dont l’arène. Les compétiteurs ESWC joueront leurs tournois dans 2 grands espaces adjacents (notamment là où la partie salon était organisée en 2006) ; à la fois pour leur garantir plus de calme et de concentration, mais aussi pour réellement pousser le spectacle dans l’arène de Bercy, sans contrainte de volume sonore ou de « screenage » sur les écrans de retransmission. Plusieurs mini-scènes dédiées à chacune des disciplines hébergeront des programmes de matchs toute la journée. La grande scène, quant à elle, fera face à 6000 places assises sur un plateau de 24 mètres de long – pour environ 1/3 de Bercy – transformé pour l’occasion en amphithéâtre. Les zones de jeux ouvertes aux visiteurs ont été multipliées. Globalement, nous avons considérablement augmenté l’esprit de proximité entre le public et les champions : pour la première fois, tous les spots de jeu ESWC sont accessibles visuellement pour les visiteurs.
Quelles sont vos attentes en terme d’audience par rapport à il y a deux ans ?
Nous serions très heureux de refaire au moins aussi bien qu’en 2006 et 2007. Avec les tournois Open, nous attendons aussi un nouveau public, peut-être plus « casual ». Nous ferons le point après l’événement.
Lorsqu’on regarde votre campagne de promotion du Mondial du Gaming, l’impression qu’il se dégage est que Games Services a apparemment décidé de passer à la vitesse supérieure cette année. Tant de chemin parcouru depuis les LAN-Arena…
Bientôt 10 ans d'esport et toujours la même conviction : les champions de jeux vidéo seront les prochaines icônes planétaires du XXIème siècle, et l'esport renverra l’athlétisme aux livres d’histoire. Nous avons la chance de vivre les premières années de l’ère numérique – tout se transforme actuellement : les modes de consommation, la socialisation, le rapport à la culture, à la propriété intellectuelle, le rapport au corps... L'esport, c’est la revanche du corps sur le numérique. Nous ne sommes pas qu’asservis à la technologie, nous jouons avec, nous y injectons de l’imagination, de la passion, des règles communes. Je pense que l'esport c’est avant tout cela, une forme de résistance.
Alors que l’ESWC innove de plus en plus, avec par exemple ce Masters de Paris, on a vu à côté de cela s’éteindre la première grosse compétition internationale, à savoir la CPL. Que pensez-vous de la fermeture de telles compétitions ?
Je pense en l’occurrence que c’est une manœuvre pour mieux organiser un come-back, lavé du passé. C’est d’ailleurs assez clair dans l’ensemble des communiqués si on les lit vraiment. La société qui possède la CPL n’a pas déposé le bilan ou revendu sa marque. Je suis convaincu que c’est une parenthèse. Pour ce qui est des innovations de l’ESWC, je pense qu’elles résident plus dans le travail de fond fait pour structurer les communautés et le sport, avec par exemple les homologations, les classements, la plateforme ESWC.com que le simple fait de déployer plus d’évènements.
Vous êtes régulièrement considérés par différentes équipes comme l'organisation à l'origine des évènements les plus intéressants pour les joueurs professionnels, qu'est-ce qui vous permet d'avoir cette réputation ?
Je n’ai pas le souvenir d’avoir lu l’adjectif « intéressant ». Pourquoi avons-nous tant de mal en France à dire du bien des choses quand elles le méritent ? Ce n’est pas le cas à l’étranger où nous sommes effectivement considérés, par beaucoup d’équipes, de joueurs et de médias, comme le meilleur évènement esportif du monde. J’en suis fier pour tous ceux qui ont participé à la réussite technique et sportive des différents ESWC. Nous devons cette réussite, et donc cette réputation, à la somme de toutes les individualités et de toutes les compétences qui ont travaillé sur ces projets. Ceci dit, l’important c’est de réussir les prochains et une réputation se défait plus rapidement qu’elle ne se construit.
Nvidia revient cette année dans l’ESWC, et pas de n’importe quelle manière puisque l'ESWC se déroulera lors du NVISION 2008. Quels ont été les effets concrets de ce retour depuis son annonce ?
Nous dévoilerons le contenu de la prochaine Grande Finale ESWC aux USA lors d’une conférence de presse samedi 5 juillet à Bercy. Le NVISION 2008 sera l’évènement de la rentrée aux US, au cœur de la Silicon Valley – et nous serons avec l’ESWC au cœur du NVISION.
Merci à vous d’avoir répondu à nos questions. Le mot de la fin vous est bien entendu réservé.
Je souhaite à tous les compagnons de l’ESWC qui seront au montage de Bercy, de l’abnégation, du courage, de la force. Entre jeudi et vendredi, nous passerons 24 heures en enfer. Ayez une pensée pour eux. (Il y a mercredi soir un concert d'Iron Maiden à Bercy, et Games-Services ne récupèrera l'arène que sur les coups de deux - trois heures du matin - NDLR)
Nous tenons une nouvelle fois à remercier Monsieur Dallon pour sa disponibilité en ces jours bien chargés pour lui et l'ensemble de son staff.
À noter toutefois que quelques questions n'ont pas eu de réponses, certaines par manque de temps, d'autres parce qu'elles les trouveront lors de la conférence de presse qui sera donnée le samedi 5 à 11 h. Pour les premières, Monsieur Dallon a accepté d'y répondre après l'évènement, ainsi que de faire un petit bilan de celui-ci.
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