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The future is now... But not here

Le Mardi 24 Mars 2009 à 11:56


(J'ai mis le titre en anglais, car c'était naze dans la langue de Molière.)

Bon, il est vrai, la crise économique fait rage, et ce partout dans le monde. Tout les pays sont touchés. Tout ça est parti à cause de ces banquiers américains, qui ont proposé des prêts à taux variables (si j'étais directeur du FMI je les interdirais mais c'est pas de ça qu'on parle) à des ménages moyens pour qu'ils deviennent propriétaires, les crédits ont explosé, les familles ne pouvaient plus payer, le prix de l'immobilier a augmenté, les banques se sont retrouvées vidées de tout leur fric, des magouilles spéculatives se sont révélées être actives dans les bourses depuis des années, et depuis toutes les bourses du monde ont perdu 50 % en six mois.

Pourtant le milieu sportif se porte toujours aussi bien, surtout aux Etats-Unis. La NFL, la NBA, la MLB, la NHL et tous les autres sports "success in america" attirent toujours autant, bien que la crise, certes, les affaiblit un peu. Mais leur aura et leur puissance reste toujours énorme. Comme le foot en Europe qui reste toujours aussi fort.

On notera par contre l'exception automobile qui traverse sa plus grande période noire de tous les temps, les budgets se retrouvent divisés par deux, et les championnats comme la F1, le WRC, le MotoGP, ou plus américain, le NASCAR ou le Champ Car.

Les sports d'aujourd'hui ont une économie solide, basée sur des années et des années d'expérience, de prospérité. Mais il faut bien reconnaître que c'est lors de ces 20 dernières années que l'aspect financier de ces sports a clairement explosé. Regardez les salaires des joueurs de Manchester United il y a 10 ans, regardez les salaires aujourd'hui : la différence est énorme.

Comme l'a dit Sabian, l'esport a voulu grandir trop vite sur des bases trop fragiles, uniquement basées sur le sponsoring de grandes firmes spécialisées dans le matériel informatique. Des bases vétustes qui ont fini par céder suite à la crise. Mais même avant la crise, ces symptômes de "manque de liquidités" étaient déjà présents. La CPL en fut le premier exemple. Aujourd'hui, c'est l'ESWC qui en pâtit. Une entreprise injecte 3 millions d'euros dans une des plus grosses multigaming du monde, MYM. 3 semaines plus tard, celle-ci fait faillite. Une autre entreprise a voulu payer ses joueurs 30 000 $ par an aux USA et se mettre à la télé, les fameux CGS. Echec après même pas deux ans, après son exportation dans le monde.

Seuls l'ESL et les WCG semblent encore tenir le coup, mais difficilement. Cash prizes réduits (et encore, s'ils sont payés, ils le sont avec plusieurs mois de retard suivant la victoire à la compétition X, dixit certains joueurs), jeux trop conservateurs et perdant de leur aura et de leur essence.

Mais parmi ces organisations, il y en a une qui semble tirer son épingle du jeu. Une qui a su, avec les mêmes bases, créer une économie solide et qui fonctionne. Dans LE pays qui a provoqué la crise économique mondiale. La fameuse MLG, la Major League Gaming.

Il n'y a qu'à voir leur nom et leurs couleurs du logo : elles s'apparentent exactement à celles de la NBA, de la MLB. Déjà vecteur d'un synonyme de qualité et d'une vraie discipline sportive. Bon, la CPL faisait dans le même style, mais bon à ce moment-là c'était un poil trop tôt. L'esport n'était encore qu'un foetus.

Revenons à la MLG. Celle-ci attire des milliers de spectateurs, des millions de télespectateurs (bon, enlevons le "s", mais 1 million, c'est déjà énorme), et c'est REN-TABLE. Oui, rentable. L'économie marche au pays de l'Oncle Sam, même en temps de crise. La MLG est la seule ligue a avoir augmenté ses cash prizes pour 2009, rappelons-le. Mais justement, pourquoi ça marche ?

Tout d'abord, ils se sont entourés de partenaires pétés de thune. Si les marques semblent inconnues pour vous, elles sont extrêmement populaires là-bas. J'y ai jamais vécu, mais bon, rien que le fait d'avoir Xbox 360 comme sponsor, c'est déjà bon. Une console de Microsoft, firme 100 % américaine, pétée de thunes bien évidemment. Ca leur assure une exclusivité pour dire "Les meilleurs joueurs, les pros, ils sont chez nous".

Mais ils ont aussi des sponsors... Dans les produits du quotidien ! L'alimentaire avec Dr Pepper (boisson NON énergisante), Stride (chewing-gum) et Ball Park (hot-dogs), l'hygiène avec Old Spice (déodorants) et Bic CONFORT 3 GAME ON (oui, les rasoirs !), et enfin, une chaîne de distribution de jeux vidéo, Gamestop (qui a récemment acquis Micromania).

Les sponsors sont proches du grand public américain et donc sont logiquement peu touchés par la crise car des millions de gens achètent leurs produits jour après jour. En comparaison, Intel, AMD et Samsung (principaux sponsors des compétitions esportives européennes) vendent des produits de haute technologie, et ils sont loin de vendre 1 million de processeurs ou écrans plats par jour.

La MLG a pris des sponsors proche du public visé : les joueurs. C'est bien connu, le stéréotype américain du joueur console : il joue à la Xbox 360, il va acheter ses jeux chez Gamestop, il boit du Dr Pepper à longueur de temps et bouffe ses hot-dogs chez Ball Park, il mâche du chewing gum Stride pour se détendre et avoir une bonne haleine, et pour son hygiène, il se met du déodorant Old Spice et il se rase avec Bic. Bon, d'accord, pour le rasoir, ça aurait été mieux Gillette, mais passons.

Le joueur type en esport européen : il a un PC avec un processeur Intel, une souris Razer et un casque Steelseries, et il le montre fièrement sur son t-shirt. D'accord.

Le fait est que le joueur pro américain est sponsorisé par des VRAIES marques grand public. Le joueur européen doit avoir le top du matériel. Les moeurs sont différentes, or le secteur de la haute technologie a été plus touché par la crise que la grande distribution. Résultat, les rares sponsors dans ce secteur se sont désengagés, laissant l'ESWC dans la mouise.

D'un autre côté, ce serait un peu tabou en Europe de se faire sponsoriser par des marques de ce genre-là. Imaginez l'ESWC sponsorisé par PlayStation (il était partenaire sur les précédents évènements en tout cas), Micromania, Sprite, Quick (ben ouais, niveau hot-dogs on a pas de grande chaîne), Freedent, Axe et Wilkinson. Avouerait que ça ferait un peu pitié quand même. Parce que les moeurs sont pas les mêmes, un joueur européen n'est pas comme un joueur américain.

D'autant plus que l'esport européen est principalement sur PC, la MLG est exclusivement sur console (exception faite de World of Warcraft). On le sait, les américains ont toujours été des quiches sur PC, mis à part quelques rares exceptions sur CS Sources et Fatal1ty bien sûr.

La MLG se distingue aussi par ses évènements. Le planning Pro Circuit ne compte en effet que 5 évènements dans tous les USA (il y a aussi une MLG Canada pour information), ce qui réduit les coûts et ils permettent en plus d'avoir le contrôle total sur les évènements. Contrairement aux LANs européennes (françaises on va dire) qui sont indépendantes et doivent demander des homologations.

Mais la MLG, c'est aussi une couverture médiatique imbattable. En effet, ESPN, LA chaîne du sport au pays d'Obama, consacre toujours un moment dans la semaine à la MLG. En France, on pourrait citer Eurosport, ou l'Equipe TV, Canal+ Sport à la rigueur, mais n'oublions pas que ESPN est à peu près aussi accessible que les grandes chaînes américaines. En France, tout le monde ne peut pas se targuer d'avoir Eurosport, l'Equipe TV ou Canal+ Sport. Je me souviens néanmoins, à l'époque des CGS (ça paraît si loin désormais), qu'Eurosport2 (qui est une chaîne en OPTION sur CanalSat et d'autres réseaux ADSL) avait diffusé quelques matchs. J'en avais vu un, traduit en français, et ma foi, c'était assez moyen tout de même. Surtout à cause des commentaires certes, mais il ne bénéficiait pas d'une bonne couverture médiatique. Peut-être qu'un passage sur MTV aurait amélioré la chose.

D'autant plus que les médias détestent le jeu vidéo et que le CSA a imposé des règles drastiques. N'espérez pas voir du CS en prime time sur TF1, vous n'en verrez jamais parce que c'est tabou, c'est violent et c'est interdit, et ça peut inciter des gens à faire pareil. Par contre personne ne se plaint quand 10 millions de personnes regardent les Experts. Et on a jamais entendu parler de meurtre en France à cause de quelqu'un qui a trop regardé les Experts...

Le contexte n'est donc pas favorable en France. Et les moeurs ne sont pas plus évoluées en Europe, donc de l'esport à la télé, à moins d'avoir un président de l'audiovisuel fan de jeux vidéo, ce sera pas avant 2030 AU MOINS.

Mais aux Etats-Unis, c'est diffusé, ça marche et même si c'est pas aussi grand que la NBA, ça fait son bout de chemin tout seul. Une preuve que l'esport peut réussir.

J'oubliais les jeux. Avant, le Pro Circuit ne comptait qu'Halo (le 2 puis le 3), avant de s'élargir plus récemment à Gears of War 2 et World of Warcraft. Trois jeux immensément populaires là-bas. Cela ne peut donc faire qu'un carton. Voir des pros manier le stick (pas de mauvaise interprétation) comme pas d'autres, qu'importe qu'ils soient beaux ou moches, ils sont considérés comme des stars. Là-bas, ça ne fait pas pitié de voir un joueur pro sur une bouteille de Dr Pepper. Par contre en France, voir la tête de Harts sur une canette de Pepsi (c'est pour l'exemple), beaucoup n'achèteraient pas la canette. Ce fut pareil pour aAa, mais là la distribution était très limitée, et l'idée était risible comment dire... Les glaces les plus drôles de France !

Ahem. Je m'emporte là.

Revenons aux jeux. Ils prennent les jeux les plus joués sur le Xbox Live (n'oublions pas que ce dernier contribue au succès car il propose un online de qualité d'après Microsoft). La MLG dispose aussi de ligues online, sur les jeux du Pro Circuit en ajoutant CoD 4 et 5. Même des ligues PS3 sont organisées, malgré l'exclusivité Xbox du Pro Circuit. D'accord, ce n'est que des shooters. Mais on le sait tous, les shooters sont rois au pays où le port d'arme est autorisé.

D'autant plus que pour participer au Pro Circuit, les joueurs doivent participer en utilisant des points, qu'ils gagnent soit en gagnant des ligues online, soit en les achetant. Une bonne manière de rentabiliser l'affaire. Et les cash prizes sont là, et bien là. Comme quoi, l'American Dream opère, même en temps difficiles.

En bref, à moins de s'adapter aux moeurs de la société américaine, l'Europe doit savoir faire d'autres choix et de se rapprocher d'un public plus large. La PES League en est un exemple, mais qui reste trop petit, pas assez médiatisé. S'il était possible de passer de la vieille émission de Game One à une page hebdomadaire de 5 minutes dans Téléfoot, ce serait déjà une avancée. Surtout qu'un jeu de foot n'a jamais tué personne, à moins que quelqu'un soit tellement dégoûté de s'être fait prendre un but à la 94ème minute sur une connerie de son gardien qu'il a massacré son meilleur pote à coups de Dual Shock et l'avoir pendu avec le fil de la manette.

L'esport n'est pas pareil dans le monde. Tout comme en Corée on adule Starcraft, aux Etats-Unis on kiffe les FPS console, en Europe, ça se cherche encore. Les consoles ne sont pas tellement adaptées au système de "se rendre en LAN toutes les semaines pour se qualifier", les jeux PC restent toujours les mêmes... L'esport ne souffre pas spécialement d'une crise de liquidité mais d'une crise d'identité. On le pensait ancré mais la crise économique a tout balayé. Les sections ferment. L'ESWC et Games-Services sont dans la mouise.

L'esport peut grandir vite contrairement à ce que disait mon cher confrère blogueur, la MLG en est la preuve. Encore faut-il bien s'entourer, trouver le bon public, les bons jeux adaptés à ce public, et en faire un système stable. Et surtout, le plus important, faire en sorte que ce soit rentable, car en Europe, très peu de compétitions l'ont été. L'esport doit s'adapter aux moeurs de chaque continent.

Le futur de l'esport, c'est maintenant. Mais pas ici.

Tiens, finalement, ça a plus de gueule qu'attendu, cette phrase.



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